Les héros du coin

« On m'a même dit qu'il sentait bon, ce compost » : À Toulouse, le tri des déchets forme un terreau fertile de convivialité.

Photo: https://mesvoisins.fr/

Alors qu'elle vient d'acheter son appartement, la jeune Manon se tourne vers le local pour agir et sa réussite va au-delà du tri des déchets. Rencontre.

Manon vient de l’Ariège, mais elle a étudié à Toulouse. C’est là qu’elle a décidé de se fixer en achetant un appartement dans une copropriété du quartier Faubourg Bonnefoy. 

Dans sa famille puis dans ses colocs étudiantes, on a toujours séparé le plastique du carton et pris l’habitude de composter. Alors, lorsqu’elle emménage, Manon cherche de manière naturelle à trier ses déchets. Elle opte d’abord pour un compost individuel... Jusqu’à qu’elle entende parler d’un projet de loi

« Ce serait une loi prévoyant que tous les particuliers disposent d’une solution pratique de tri à la source de leurs biodéchets avant 2025. » 

Pour Manon, ce fut le point de départ :

Je composte dans mon coin, c’est bien, je trie… mais ce serait mieux de le faire avec la collectivité. Avant tout dans une volonté d’inclure des personnes qui n’auraient pas connaissance des méthodes de compostage, mais aussi pour permettre à ceux et celle qui ont envie de le faire et qui n'ont pas forcément le temps ou les moyens, d’y accéder.

La copropriété de Manon rassemble environ 70 voisins d’origines très diverses. Plusieurs générations, plusieurs classes sociales et plusieurs statuts de voisins se côtoient.

Lorsqu’elle présente le projet à l’Assemblée Générale à peine quelques mois après avoir emménagé, les avis sont très partagés et des réticences s’installent. Beaucoup de votants ont des peurs spécifiques au compost, envers les mauvaises odeurs, les bestioles, etc. Les membres de l'AG mentionnent également que certains résidents sont très peu respectueux des lieux, et la résidence est déjà dégradée par ses déchets. 

Mais l’Assemblée vote. Et le projet passe. 

Manon se lance, étonnée du champ de connaissances qui s’offre à elle avec ce projet. 

« Il y a plein de choses à savoir sur le compost. Déjà, où poser son compost ? Il ne faut pas que ce soit trop exposé au soleil, il ne faut pas que ce soit trop proche pour les nuisances mais pas trop loin pour que les gens y aillent. Et puis quelle taille ? Il y a tellement de paramètres à maitriser ».

La jeune toulousaine a suivi cet été une journée de formation (« passionnante et tellement enrichissante ») et avec l’aide de l’association Humus & Associés, le compost devient concret. Après l’installation des bacs puis le porte-à-porte pour trouver des voisins motivés, l’affaire se met à tourner.

Manon devant le compost de sa résidence

Il fallait rapidement fêter cela. Comment ? À Toulouse, on aime les apéros. Pour rassembler les voisins composteurs, Manon organise un premier « Apéro-compost », auquel une dizaine de voisins se joignent. Cette soirée est gravée dans les souvenirs de Manon :

« C’était un moment magnifique où des gens qui se croisent depuis des années ont enfin appris à se connaitre. Je me suis rendu compte d’autre chose à ce moment-là. Pour moi, le projet de base était de trier ses déchets. On est à la bourre complet sur le triage des déchets et le recyclage, c’est une priorité écologique. Et en fait, maintenant, ce compost est devenu autant un projet écologique qu’un projet social. »

« C’était un moment magnifique où des gens qui se croisent depuis des années ont enfin appris à se connaitre.»

Dans l’ébullition de la convivialité née autour de cet apéro-compost, les projets s’enchaînent. On installe ensemble des petits pas japonais pour faciliter l’accès au compost. Les enfants sont invités à un concours de décoration de compost. Là où Manon était seule à gérer, on passe à deux gérantes, puis trois, avec la participation des voisines Anne-Laure et Yasmina. 

C'est génial d'être entourée de voisines aussi motivées ! Yasmina a été d'un grand soutien et présente dès le tout premier porte-à-porte. Anne-Laure s'est vraiment prise de passion pour le projet, qu'elle a porté tout autant que moi après la première AG. Elle compte même faire une formation de Maître Composteur !

Au deuxième apéro-compost, Manon et ses voisins ne sont plus seulement une dizaine, mais plus du double. Les convives ont entre 7 et 60 ans. Un autre moment incroyable où Manon voit les liens se créer sous ses yeux. « La seule chose qui a réussi à nous faire partir, c’est la nuit qui tombait ». Les voisins composteurs décident de refaire un apéro-compost tous les mois.  

Les trois référentes, les voisines Manon, Anne-Laure et Yasmina.

Depuis, Manon a l’impression que l’état même de la résidence a changé. Les lieux sont plus propres, on fait plus attention les uns aux autres. Elle a l’impression que les gens commencent à s’impliquer, au-delà de leur effort de compostage. Qu’on lui propose de plus en plus un coup de main, et que l’entraide s’est répandue. Maintenant, elle peut compter sur untel pour lui imprimer les affiches, sur un autre pour faire des activités avec les enfants.

Installation des petits pas japonais pour accéder au compost

Les enfants ont été parfois, pour Manon, le moyen de convaincre les parents du bien-fondé de son projet.

« Les enfants, qui viennent tous de milieux sociaux différents, se précipitent pour faire des jeux et des choses manuelles autour du compost. Ils trient à la place de leurs parents. Ils apprennent à devenir amis. Et au bout de plusieurs semaines, les parents deviennent curieux et viennent nous voir. »

Pour Manon, c’est le début de la mixité et de l’inclusion dans sa résidence. « On y est pas encore, mais je suis convaincue que ça va arriver ». Grâce aux apéros-compost, d’autres soirées entre voisins vont voir le jour. L’un des habitants qui travaille dans la vidéo a proposé des soirées cinéma en plein air en projetant des films sur le grand mur blanc attenant à l’immeuble. Ces soirées cinémas seront d’autres opportunités d’échanger.

Ce compost a été le moyen de prouver que ça marche et que non, l’odeur ne dérange pas. « La meilleure manière de convaincre les gens, c’est juste de faire. Avec la pratique, on a prouvé que toutes les peurs présentes n’avaient pas lieu d’être. L’une des participantes de 12 ans m’a même dit qu’il sentait bon, ce compost. »

Et pour la suite ? Manon et les gérantes associées sur le projet aimeraient offrir à chaque voisin, lors du transvasement, un petit sachet mignon contenant le terreau du compost. Le but ? « Déjà pour que tout le monde ait connaissance du compost. Et puis que tout le monde se rende compte que c’est une richesse, ce terreau. Ça fait toujours plaisir d’avoir son petit sachet de terre. »

Mais la jeune entrepreneuse ne s’arrête pas là. En partant de l’exemple de ce qu’elle a réussi à créer dans sa « copro », Manon souhaite élargir son influence et inspirer d'autres gens à faire leur compost collectif. C'est ce qu'elle a commencé à faire grâce à la plateforme mesvoisins.fr. En ligne, elle a pu faire passer son message vers tous les quartiers adjacents au sien et nombreux sont ceux qui lui ont répondu.

« Il faut que j’encourage tout le monde à faire ça. Dire que c’est facile. Et puis propager le mouvement ! »

J’ai trouvé ça extraordinaire le lien que ce projet a créé dans ma copropriété. Moi, ça m’a changé le quotidien de pouvoir se dire bonjour entre voisins, de se connaitre. Ça change tout. Et je me dis qu’à travers cette expérience et aussi parce que je suis conseillère immobilier et que je me rends compte que les habitants ne se parlent pas, il faut que j’encourage tout le monde à faire ça. Dire que c’est facile. Donner les méthodes et les astuces. Accueillir les autres habitants, leur montrer le compost, leur expliquer. Les rassurer. Et puis propager le mouvement !

Manon a arrêté depuis quelques années de regarder les informations télévisées. « Cela m’attriste trop. Ça me déprime ! En plus je n’ai aucun impact sur ces problèmes-là, je ne peux pas agir. L’intérêt de se tourner sur le local, c’est qu’au moins je peux avoir un impact, je peux faire quelque chose pour améliorer l’environnement dans lequel je suis. Et je me concentre sur les informations qui vont me permettre d’agir. Alors oui c’est du travail, mais le retour qu’on a, c’est que du bonheur. » 

Agir, s’informer, continuer à apprendre, trouver des solutions à un monde en crise, voilà la route que poursuit Manon et celle sur laquelle elle a embarquée ses voisins.

Vous souhaitez vous aussi lancer un projet de compost avec vos voisins ?

 Voici les trois conseils de Manon pour débuter :

  • Rapprochez-vous de votre mairie et des associations locales. Ils ont souvent tous les outils en main !
  • Allez parler du projet en faisant du porte-à-porte chez vos voisins. Cela peut aussi créer de belles rencontres.
  • Écrivez à vos voisins à propos du projet sur mesvoisins.fr. Vous trouverez sans doute facilement des gens intéressés et prêts à vous aider !

Débuter un projet de compost

Écrire aux voisins
Alixia Mainnemare | mesvoisins.fr

Si Alixia reconnait volontiers avoir deux mains gauches, une chose est indéniable : lorsqu’il s’agit d’écriture, elle tire plus vite que son ombre ! Il fallait s’y attendre : à 5 ans à peine on la voyait déjà rédiger des histoires, et plus tard, sa plume a servi les plus grands festivals de cinéma du monde. Ce qui ne l’empêche pas de renverser sa tasse de café au moins une fois par semaine !